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Dissertation d'hypokhâgne. les hommes sont-ils des animaux dénaturés?

Philosophie > sujets expliqués - 22/11/2008 - correction
                
Bonjour.

Je suis Hypokhâgne et je dois traiter le sujet "les hommes sont ils des animaux dénaturés?". Or, je rencontre quelques difficultés.
Pourriez vous me corriger et me donner des pistes à propos de la troisième partie, ainsi que votre avis sur mon plan.

Merci de traiter ma demande! (le plus rapidement possible serait le mieux!)

Philo.
Les hommes sont ils des animaux dénaturés ?
Dénaturer quelque chose, c’est l’altérer gravement. On dit par exemple que le gout d’un plat a été altéré, dénaturé par l’ajout d’un ingrédient. Le mot a aussi un fort sens moral. Une personne dénaturée est celle qui n’éprouve pas, dans une situation donnée, ce que normalement un être entier doit ressentir. Comme dans le premier cas, nous avons là l’idée d’une modification importante qui a corrompu un état initial jugé sain. Cependant, ce mode de pensée est il applicable à l’homme ? Il défend une morale dont le fondement est à éclairer. L’homme a-t-il une nature qui aurait été déformée au point de la corrompre ? Qui serait responsable de cette dégradation ? Le propre de l’homme n’est il pas plutôt la culture, c'est-à-dire un processus historique de transformation de soi et du moral ?
La transformation est certes une altération mais il n’est pas dit qu’elle soit une déformation. Ces difficultés justifient la question posée. L’homme est il un animal dénaturé ?

I : L’homme s’est-il éloigné de l’animal ?

A : Ou commence l’humanité de l’homme ?
Pour savoir si l’homme est un animal dénaturé, il faut d’abord se demander en quoi l’homme et l’animal diffèrent. Ainsi, dans Les animaux dénaturés de Vercors, le héros du roman, Douglas Templemore tue un « topis », le « chainon manquant » c'est-à-dire un enfant qu’il a eu d’une guenon. Or, s’il y a bien eu décès de l’enfant, la justice ne sait comment résoudre ce crime ni comment condamner le scientifique puisque le bébé n’est pas un homme. Or, il vivait, il respirait et avait des facultés mentales proches de celle de l’homme. De plus, selon Darwin, l’homme est le descendant d’un animal et nous sommes les proches cousins des grands singes. Même les grec anciens pensaient que l’homme aurait du être un animal (cf mythe de Prométhée dans le Protagoras). Comme nous, les animaux peuvent mentir, ou se faire la guerre (cf les études scientifiques faites avec les grands singes)
Donc l’homme est apparenté aux animaux. Nous serions donc ou aurions été des animaux avant d’être ce que nous sommes aujourd’hui.

B : Instinct et culture.
L’application de ce mode de pensée implique l’existence d’une nature initiale, que l’homme désigne généralement sous le terme d’animal. L’animal en effet est l’individu dont la vie est réglée par son instinct. Celui-ci est plus ou moins rigide selon les espèces mais il désigne un mode d’action préformé qui adapte rapidement la bête à son milieu. Ainsi le loup chasse t’il pour se nourrir. Hegel compare l’instinct à « un ouvrier sans conscience » afin de souligner son aspect dynamique et inné. Dans l’Evolution Créatrice, Bergson décrit les opérations pour lesquelles la larve d’un insecte trouve sa nourriture en se faisant transporter par des abeilles dont elle pillera le miel. La précision de sa conduite nous stupéfie car il est impossible qu’on la lui ai enseignée. De ce point de vue, force est de constater que la vie humaine s’oppose à celle de l’animal. L’homme doit acquérir des savoirs, par le biais d’exercices répétés sous la conduite d’un maître. C’est ce que l’on appelle la culture. Cette idée comporte 3 caractéristiques majeures : La création de signes linguistiques, d’outils techniques et d’institution. En effet, les animaux ne sont pas dotés d’un langage articulé comme l’homme, même s’ils communiquent entre eux. Seuls les grands singes parviennent à fabriquer des instruments rudimentaires, comme une canne pour sortir des fourmis de leur fourmilière. Cependant, ils ne cherchent pas à les rendre plus performants, au contraire des hommes. En outre, aucun animal ne se dote de constitutions pour bien vivre ensemble. On désigne les groupes d’animaux comme des « clans » ou des « meutes », pas comme « sociétés », car leurs sociétés ne sont pas politiques.

Transition : La singularité de l’homme est de produire son milieu d’existence. La culture est son œuvre propre. Mais peut-on dire alors qu’elle le dénature ?

II : Sens et faculté d’une morale naturelle.

A : L’homme et ses désirs l’éloignent de l’animal. Platon
La conscience donne à l’homme un champ d’action bien plus étendu, en lui permettant de se représenter son environnement. Le recul qu’elle donne ouvre la possibilité à la réflexion, au souvenir (l’homme est le seul animal à se rappeler de ses aïeux.) La conscience est selon Bergson ce qui « brise la chaine » et l’homme peut grâce à elle s’élancer dans des entreprises toujours plus poussées de conquêtes et de maitrise de la nature. Cet avantage à tout de fois un prix : la simplicité des besoins est supplantée par la multiplicité sans limite des désirs. Platon le montre déjà dans La République. La société fondée sur des besoins naturels cantonne sa production et sa consommation dans la limite du nécessaire, comme les animaux qui tuent pour manger seulement. L’intrusion des désirs se marque par l’apparition de plus en plus d’objets inutiles à la stricte conservation de la vie. Il peut sembler étrange de parler de dénaturation à propos de l’homme. Ce terme parait surtout révéler l’ignorance de ce qu’il est. Ce jugement s’explique cependant si l’on en vient à son aspect moral. L’instinct fait tourner l’animal dans le même cercle de besoin. La sûreté de ses actions est intimement liée à leur caractère borné et répétitif. L’instinct, chez l’homme n’existe pas. On ne peut pas réduire l’homme à un être instinctif, dans la mesure où le mode de vie de l’homme est artificiel, bâti sur des habitudes appartenant aux diverses sociétés du globe. Si l’homme était un être naturel, au même titre que les animaux, il n’y aurait pas une diversité de culture. Les hommes auraient le même régime alimentaire par exemple et ne se soucieraient pas des valeurs matérielles comme les animaux.

B : L’homme : Un animal dépravé : Rousseau.
Rousseau formule une critique de l’homme dans L’origine sur les fondements de l’inégalité parmi les hommes. L’hypothèse d’un homme naturel étranger à toute forme d’association durable lui permet de dénoncer les méfaits de la civilisation. A l’origine, l’homme était innocent, comme le sont les animaux. Cependant, il a dénaturé sa nature animale en rejoignant la société. En outre, Rousseau souligne que la société n’est pas un bienfait, et arrive à la conclusion que « l’homme qui médite est un animal dépravé. » La violence de cette formulation est un rappel à l’ordre. Nous avons perdu tous le bien de notre origine et la culture dont nous sommes si fiers n’est que l’expression d’un amour-propre qui nous rend malheureux. L’homme civilisé, au contraire de l’animal s’angoisse, s’égare, à conscience qu’il est un être fini et devient « le tyran de lui-même et de la nature. » Ce qui n’est pas naturel, ce sont les valeurs qui régentent la vie des hommes.. En effet l’homme est un animal, mais un animal dénaturé dans la mesure où les valeurs qu’il s’impose sont des jugements qu’il a crée pour vivre en société. Les valeurs telles que celles de l’argent, de la beauté, du vrai ou du bien ne sont pas naturelles, car elles ne sont pas innées et sont inutiles pour la survie des hommes.
Rousseau illustre son idée en comparant notre état à celui d’une statue qui aurait séjourné longtemps dans la mer. Les algues et le sel ont déformé ses traits au point que l’on puisse douter qu’ils existent encore. La vie animale est certes guidée par l’amour de soi, c'est-à-dire par le souci de sa conservation mais elle ignore l’amour propre qui pousse chacun à vouloir être préféré aux autres et à leur arracher une reconnaissance de leur supériorité. L’homme, comme l’animal ne peut supporter qu’on lui manque de respect. Rousseau indique cependant que l’homme se distingue de l’animal par sa capacité à se perfectionner.

Transition L’homme est donc bel et bien un être qui en réfléchissant à ce qu’il fait se transforme inéluctablement. Dès lors, a-t-il vraiment une nature animale qu’il aurait corrompue ? Que penser de notre nature s’il y a en elle de quoi la dénaturer ?

III : L’homme et son animosité.

A : L’habitude : un moyen d’aliéner l’homme.
Karl Marx. Pour lui le travail est un moyen d’aliénation qui rapproche l’homme de l’animal. En effet, le travail à la chaine n’implique pas une recherche intellectuelle, il suffit d’agir pour exercer son métier. Or, ceux qui se contentent simplement d’agir sans réfléchir sont les animaux.

B : La perte de son humanité et un retour à l’animal : Le nazisme
Dans son roman Si c’est un homme, Primo Levi relate la vie dans les camps de concentration et d’extermination. On voit donc ici que les hommes sont capables de se comporter comme des animaux afin de survivre. L’auteur souligne qu’il lui arrivait de laper des écuelles comme les chiens pour avoir des forces et ne pas mourir, par « instinct de survie », au même titre que les animaux qui ne se laissent pas dépérir. Ils deviennent des charognards, trafiquent au sein du camp, troquent avec les civils avec qui ils sont en contact dans certaines usines. Les détenus sont revenus aux lois animales puisqu’au sein du camp la loi du plus fort règne. En outre, les juifs sont dépourvu de leur humanité puisqu’ils perdent leur identité dès qu’ils passent les portent du camp. Ils ne sont plus que des numéros.
Cependant, pour ne pas oublier qu’ils sont humains, un ami de Primo Lévy, Steinlauf, lui assure qu’il ne doit pas se laisser aller. Il doit continuer de sa laver, de cirer ses chaussures et de se respecter.
Le juif durant la 2nde guerre mondiale est aussi dépeint comme une bête. Il a un nez crochu comme le bec d’un aigle et les mains crochues telles les serres d’un oiseau de proie.
On peut se demander dans ce cas là qui se comporte le plus comme un animal. Le juif ou le nazi ? Car si le premier n’a plus de nom, le second oublie son humanité en tentant de la faire perdre aux détenus. Les SS sont souvent comparés à des loups en chasse, surtout dans le chapitre Octobre 44, ou ils traquent les juifs affaiblis lors d’une vaste campagne de sélection. Les malheureux seront envoyés à la chambre à gaz.

Conclusion.
Considérant l’homme comme un animal ayant évolué au cours du temps, on peut dire qu’il est un animal. En effet, pour survivre, il développe des stratégies afin de répondre à ses besoins essentiels, stratégies comparables d’ailleurs à celles des animaux. En revanche, ce mode de satisfaction des besoins n’est pas inné, ce qui explique qu’on puisse soutenir la thèse que l’homme est un animal dénaturé, puisqu’il a développé un mode de vie artificiel avec des valeurs qui dominent son existence et qui sont inutiles au regard de la satisfaction des besoins vitaux.
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