en une : Sujet : causes de la crise de 1929

Dissertation d'hypokhâgne. les hommes sont-ils des animaux dénaturés?

Philosophie > sujets expliqués - 22/11/2008 - correction
                
Je trouve votre devoir très bien conçu et habilement mené dans son argumentation. J'aurais toutefois un reproche de problématisation, qui porte plus particulièrement sur la notion de "dénaturation". Vous la définissez de façon restrictive comme une déformation par rapport à une nature dont la signification serait animale. Cela donne : une nature culturelle (dans votre première partie) se développerait par éloignement positif de la nature naturelle de l'animal, ou le développement de la nature culturelle serait un recul négatif par rapport à la nature naturelle (dans votre deuxième partie). À ce titre d'ailleurs, votre troisième partie ne serait qu'un développement ou une prolongation de votre deuxième partie, puisqu'il s'agirait de signaler les terribles écueils de l'éloignement de l'homme (dénaturation : aliénation et barbarie).
Mon reproche est donc le suivant : il faudrait plutôt montrer que la notion de nature humaine est profondément ambigüe, puisqu'il est certes possible de définir la dénaturation comme le renoncement à une nature première découlant de l'animal (ce que vous faites), mais il est également possible de voir cette dénaturation comme un renoncement à une nature seconde (qui serait le propre de l'homme) qui est la nature cultivée et éduquée, au sens de l'homme comme animal politique de Aristote. Dès lors, je vous propose la réorganisation suivante de vos idées. Une première partie, qui montre effectivement que l'homme s'éloigne de la nature animale pour construire une nature humaine propre (culturelle) = le progrès est dénaturation paradoxale, comme accès à une nature seconde, proprement humaine. Une seconde partie, qui montre que ce progressisme est limité, puisque l'homme finit par ne plus savoir ce qu'il peut être et doit faire = le progrès est une dénaturation au sens d'une perte de toute nature : l'homme devient un artifice dangereux pour lui-même (en intégrant les éléments du III). Une troisième partie qui dépasse les limites du II, en montrant que ce n'est qu'en affrontant la barbarie, que l'homme comprend qu'il n'a jamais de nature (il est pur autonomie, et pouvoir de création de soi), ce qui rend le mot de dénaturation différent = la dénaturation est la nature de l'homme, c'est-à-dire qu'il a le pouvoir de choisir sa nature : avec des auteurs comme Sartre, Pic de la Mirandole, ou encore Nietzsche, Kierkegaard ou Heidegger, vous pouvez faire évoluer votre raisonnement pour montrer que l'homme est un être naturellement ouvert aux possibles, et que sa nature dépendra de la cohérence qu'il choisit de mettre dans la plupart de ses actes (la nature tragique de l'homme est d'être ce qu'il choisit d'être, au risque d'être sa propre négation). Bon courage pour le reconfiguration de votre raisonnement ! Votre e-prof.
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