en une : Sujet : causes de la crise de 1929

Dans la vie nous sommes intrigué par une personne qui monologue et nous le considérons comme fou ou original pourquoi selon vous le personnage qui monologue ne produit pas la même réaction

Francais (college, lycee) > sujets expliqués - 28/04/2007 - correction
                
En introduction, vous devez d'abord amener le sujet : le sujet justement vous dit presque comment faire : opposition entre monologue de la rue et monologue de théâtre; vous pouvez dire que cela est ressenti par tout spectateur et/ou par exemple que le parallèle n'est pas évident entre ces deux types de monologue (le début du sujet est un peu surprenant !). Pourtant, les grandes tragédies grecques ont institué ce passage obligé du théâtre classique (presque toutes les pièces, comédies comme tragédies en comportent).

Vous formulez ensuite la problématique du sujet. Jusqu'ici le travail vous est un peu facilité ou imposé par l'angle de comparaison donné par le sujet (vous n'avez pas vraiment à trouver d'accroche comme dans un sujet plus vague). N'oubliez pas de définir toujours les mots importants juste avant l'annonce de la problématique. Ici, il faut revenir sur "monologue" : tirade souvent longue d'un personnage resté seul sur scène (à différencier par exemple de l'aparté, adresse d'un personnage au public en présence d'autres personnages encore sur scène). Vous pouvez revenir rapidement sur la réaction face au monologue de la rue : incompréhension, étonnement pour vous demander ensuite comment interpréter le terme "réaction" : sentiment éprouvé, apport d'une réflexion ou d'un message, simple opinion (bien ou mal) ou influence plus profonde sur nos pensées et nos actes. La réaction est en effet composée de deux choses : le sentiment premier (rire, étonnement etc.) puis l'analyse qui en est faite et l'éventuelle influence et ce sont ces deux types de réaction que nous allons évoquer dans le plan, que vous finissez par énoncer en fin d'introduction.

C'est en cela que je trouve votre travail très intéressant et fruit d'une bonne réflexion : en 1) vous évoquez la forme du monologue au théâtre et l'impression première au final et en 2) vous revenez sur le fond des monologues, donc bien sur l'influence plus profonde que cela peut avoir dans un second temps. C'est donc sur cette très bonne base que je vous propose de revenir, base que l'on peut un peu travailler encore, avec quelques exemples en plus, pour approfondir l'approche adoptée. En tout cas, votre méthode semble très bonne et en passant l'étape supplémentaire de formalisation du plan et exploitation des idées, vous devriez sans problème arriver à un très bon résultat ! Et même d'essayer de tendre vers le modèle idéal de 3 parties / 3 sous-parties, mais très honnêtement, le plan en 2/2 que vous proposez serait, bien rédigé, plus valorisé et apprécié qu'un pseudo-plan bancal en 3/3 à tout prix.

Je vous propose donc :

I - Le monologue est accepté par le spectateur sans trop de surprise (voire même attendu) à cause des codes du genre :

1) Reprendre votre I-1. En exemple, regardez du côté d'une des pièces de Molière que vous avez étudiées : la complicité que vous évoquez y est flagrante (ex: "Les Fourberies de Scapin" ou "Le Bourgeois Gentilhomme"). Remarquez que très souvent dans ce genre de comédies, c'est d'ailleurs le valet sympathique et plein de bon sens qui fait de nombreux monologues et est l'"ami" du spectateur : cela évite les réticences, met en confiance. C'est aussi le cas du sympathique personnage d'Octave dans "Les Caprices de Marianne" de Musset).

2) le monologue est toujours préparé par l'auteur et attendu par même parfois par le spectateur : il arrive toujours à un moment critique de la pièce. Cf texte de Giraudoux : le spectateur attend que le jardinier vienne raconter son malheur. Souvent le spectateur voit la scène se vider et n'attend qu'une chose : que quelqu'un lui raconte ce qui s'est passé en dehors de la scène. Alors, le spectateur est tellement demandeur qu'il n'a plus conscience d'écouter un monologue, il est lui-même acteur, s'imagine les épisodes racontés. Par son implication, le spectateur devient acteur et n'a plus conscience des différences de forme. Vous pouvez aussi évoquer votre vécu de spectateur (parfois, ce monologue est au début pour annoncer l'intrigue). L'auteur sait susciter l'attente, pour éviter la surprise et l'a priori négatif qui a lieu dans la rue.

3) cf. votre I-2 : la double énonciation théâtrale avec la distinction monologue / aparté vue ci-dessus. Tout dépend aussi du moment : on a plusieurs types qui suscite donc des formes différentes : exposition en début de pièce, révélation ou explication d'un événement, simple digression, lamentation etc. Tout va ensuite du fond (sorte de gradation) : c'est là la transition avec le II : nous sommes passés de la forme au fond.

II - Le monologue dans la pièce de théâtre : rôles et fonctions :

1) Le monologue comme moyen de diffuser l'information (ex : exposition de la pièce) ou aider le spectateur à mieux comprendre : révéler les sentiements : c'est ensuite votre II-1 (avec effectivement exemple de Phèdre).

2) votre II-2 : l'intensité dramatique (révélation d'événments, explication de choses non vus sur scène : ce procédé notamment est très utilisé dans des pièces du XIX type "Ruy Blas" ou "Hernani" de Hugo ou encore chez Musset : c'est ainsi que sont annoncés les suicides ou rejets amoureux).

3) Le monologue comme "leçon" au spectateur : réflexion du type des tragédies grecques (regardez du côté de Sophocle ou Eschyle) repris ensuite par de nombreux auteurs, dramatiques ou non. Très souvent un thème central y est développé presque comme un cours (ex : l'amour; cf. monologue de Figaro). Ainsi, pour cette deuxième partie, reprenez votre II comme début, c'est très bien et poussez la réflexion jusqu'au bout pour arriver dans le théâtre comme enseignement (et le monologue en est un bon moyen car personne ne vient couper le propos; le comédien a du temps pour captiver l'auditeur et peut plus facilement déployer son argumentation).

Globalement, vous avez vu l'essentiel et vos arguments sont bons. Avec un peu de formalisation et en poussant bien jusqu'au bout les raisonnements (c'est globalement à chaque fois la 3ème partie qu'il manquait), vous devriez avec la mise en perspective initiale à une bonne démonstration (en respectant bien sûr les règles élémentaires type 1 paragraphe - 1idée avec un ou deux exemples; respect de la langue; transitions etc.).

Voilà, cela nous fait un plan en 2/3, mais je pense qu'il valorise bien votre réflexion initiale sur fond et forme et permet de conclure de façon intéressante sur ce que nous avons amené comme piste en introduction : deux moments dans la réaction.

Côté exemples, reprenez les pièces de Molière (cf. I : il y a aussi "Don Juan" et son fameux monologue sur les conquêtes féminines et l'amour même si à un moment son serviteur est présent, mais totalement muet ...) et Hugo (notamment Ruy Bals avec de bons monologues du roi, la reine ou Ruy Blas ou lui-même). Ionesco, à l'instar du rhinocéros, en propose d'autres dans la même veine; voyez aussi Musset. Vous devriez y trouver des exemples des grandes fonctions du monologue, à savoir : délibération, pause dans l'action, introspection, ultime expression. Ne sachant pas précisément quelles oeuvres vous avez étudiées, je ne peux pas trop développer d'autres exemples moins classiques, mais vous avez avec les grandes pièces des XVIIIè-XIXè un vivier de textes suffisants je pense. Piochez dans les pièces que vous avez lues, en regardant les monologues à la lumière de ce qui a été dit au-dessus et en les classant dans une des quatre grandes fonctions ci-dessus.

En conclusion, nous avons donc vu que c'est essentiellement la forme et le contexte qui donne une première réaction différente ... mais la plus importante est la 2è : compréhension et réflexion. Le monologue de la rue peut aussi le susciter mais c'est parce que les conditions ne s'y prêtent pas que presque personne ne le fait. Là encore, le théâtre a réussi à se servir d'un fait quotidien, d'un point de notre vie de tous les jours pour nous permettre de réfléchir et faire retour sur nos pensées et nos actions, tout en nous divertissant : le monologue est donc au coeur de la démarche théâtrale telle qu'elle existe depuis des siècles.

J'espère que ces commentaires de fond et de forme vous ont éclairé et suis persuadé qu'avec un bon travail de rédaction, vous avez toutes les clefs en main pour réussir un bon devoir.

Bon travail.
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