en une : Cours philo : Dieu

La crainte de la différence est une erreur fondamental sur le plan culturel. vous défendrez cette thèse dans 2 parties argumentées et ordonnées.

Francais (college, lycee) > sujets expliqués - 27/03/2007 - correction
                
Bonjour,

je vous réponds via cet item car je crois qu'avec cette prestation "correction de devoirs", vous avez ensuite encore droit à une question complémentaire. Dans l'immédiat je procède à une analyse du sujet, puis vous propose un modèle d'introduction rédigée avant de vous proposer un plan détaillé et de revenir sur des points "méthode".

* ANALYSE DU SUJET : Il s'agit d'un sujet relativement d'actualité à dominante sociale et pour lequel des exemples peuvent être tirés de l'actualité ou des débats actuels. Toutefois, s'agissant d'un devoir de lettres, il faudra invoquer des auteurs ayant écrit et réfléchi sur le sujet. De même, mobilisez votre culture générale pour avoir d'autres éclairages ou exemples (histoire, littérature, arts ...). Le "piège" dans un tel devoir de français est de faire une dissertation plus de sciences sociales avec des concepts et une étude de la réalité en lieu et place d'une réflexion bâtie sur des oeuvres.

En ce qui concerne la 1è phrase d'énoncé, plusieurs mots sont en effet à préciser. "Crainte" tout d'abord renvoie à une peur, mais pas à un rejet total et définitif : c'est plus une attitude parfois inconsciente venant de la culture au sens des valeurs, de l'histoire propre, d'influences diverses ... Le sujet est donc assez vague car il ne se concentre sur un rejet d'extrémistes en la matière par exemple, mais bien sur une attitude ou une pensée qui est présente partout de tout temps et concerne tout le monde (n'oubliez qu'en grec ancien "barbaroi" c'est-à-dire "barbares" voulait dire "étrangers"; c'est un élément qui peut-être repris dès l'introduction et/ou dans le développement). Quant à "différence" il est bien sûr à prendre au sens de "qui ne me ressemble pas", "qui ne vit, ne pense pas comme quoi", bref l'étranger ou l'autre au sens le plus strict du terme (peur de l'étranger, d'une autre religion, de celui qui est d'une autre classe sociale ou qui au départ me fait peur).

Ceci expliqué, il faut alors prendre "erreur fondamentale" dans un sens très fort : on ne juge pas l'ouverture d'esprit ou l'intérêt ou la culture des gens, mais bien le fait que sans juger que cette attitude soit bien ou mal (c'est un autre sujet même s'il peut être abordé brièvement), c'est une attitude regrettable pour tous. Il faudra alors expliquer pourquoi c'est regrettable, encore une fois le plus objectivement possible, au-delà des considérations morales et de restect, tolérance et d'ouverture d'esprit.

Quant à tout ce qui tourne autour de la culture, il faut d'abord le prendre dans son sens presque opposé à "nature" : ce qui n'est pas inné mais au contraire construit par la société, ses membres, son histoire etc.C'est donc bien tout ce qui concerne notre façon de vivre et de penser, nos valeurs, c'est donc un sens fort au-delà du sens répandu aujourd'hui de "culture générale", plus lié à l'intérêt, l'épanouissement voire l'émerveillement. Ne sachant pas si c'est par exemple une phrase d'un auteur d'une époque bien particulière que nous étudions, il faut considérer les deux sens et jouer dessus. C'est une erreur de se conduire ainsi pour le développement de notre culture (valeurs etc.) mais c'est peut-être la vision la plus noble ou haute de la chose; mais c'est aussi vrai pour le sens commun du mot culture (il est facile et habile je pense de jouer dessus en trouver un bon axe dans la 2è raison : soit prendre le sens commun pour amener globalement sur le premier, ou au contraire partir du sens fort pour le ramener à un sens plus compréhensible, prosaïque voire quotidien; c'est plus cette deuxième approche que j'adopterai dans le plan détaillé mais l'autre est tout aussi faisable, le prinicipal étant de tenir une réflexion construite). Quant au mot "réflexe" que vous citez, il rejoint en effet ce que j'évoquais au début avec le mot "crainte" : c'est presque une réaction mécanique causée par notre environnement, notre histoire etc. C'est en cela aussi qu'il ne faut pas y voir -du moins au début - un a priori négatif lié à l'intolérance. C'est un mécanisme humain et de pensée qu'on étudie ici avant tout. De par ses origines, c'est presque un réflexe pavolvien, donc peut-être moins condamnable ... mais sans doute au moins aussi difficile à corriger !
Voilà pour le décorticage du sujet : "crainte" et en fait "réflexe" donc et "culture" étaient en effet bien les deux mots essentiels à analyser pour bien prendre en compte tous les volets et balayer large sans se tromper d'interprétation tant que possible. Vos deux raisons sont pertinentes, je les reprends dans le plan détaillé mais avec un certain angle pour tenir compte de l'analyse que nous venons de faire.

* INTRODUCTION REDIGEE [après une brève mise en persoective du sujet et présentation - brève car pas de phrase d'auteur ici et pas de contexte lié à l'oeuvre ou l'époque - je procède à l'analyse du sujet et l'annonce du plan. Encore plus dans un devoir de ce type sans phrase d'auteur, on attend surtout un développement pertinent et une fine analyse des mots du sujet, phase que vous devez développer précisément]

-> Dès l'antiquité grecque, les auteurs et penseurs, comme les simples citoyens d'ailleurs, ont fait une différence entre leur société et le reste du monde, les étrangers, les "barbaroi". C'est d'ailleurs ce terme qui quelques siècles plus tard nous a fourni le mot à forte connotation "barbare", pour désigner les autres populations, censées ne pas avoir de culture au sens de l'éducation et du savoir-vivre. Avec la montée de l'individualisme des dernières décennies, l'autre c'est aussi désormais celui qui appartient à la même société, mais pas tout à fait au même groupe, bref celui par sa différence même minime fait peur.

La différence est en effet une crainte pour presque tout un chacun; comme par réflexe, mécanique et presque pavlovien, la vision de la différence nous effraie et nous pousse parfois à des agissements inutiles, voire dangereux ou condamnables. Pourtant, sans vouloir se concentrer avant tout sur l'aspect moral, cette attitude peut au final être préjudiciable pour l'individu ou la collectivité et se révéler être une erreur grave, fondamentale sur le plan culturel. Or la bien au-delà de ce que l'on entend aujourd'hui par le mot culture, à savoir l'éducation voire l'érudition, l'échange de savoirs ou encore la culture générale, cette culture est justement le fondement d'une société. Ne pas la développer ou l'empêcher d'avoir d'autres contacts extérieurs c'est condamner l'ensmble des individus à une stagnation inutile voire nuisible. Presque par opposition à la nature, la culture est constituée de l'ensemble des valeurs, façons de vivre et de penser, non pas innées mais bel et bien fruit de l'histoire et du passé de la société, construction à part entière des membres de cette dernière. Cette culture, elle, a donc besoin d'échanges.

Dans quelle mesure peut-on donc dire que la crainte de la différence est une erreur fondamentale sur le plan culturel ?

Nous verrons dans un premier temps que cette attitude de crainte provoque de nombreuses incompréhensions et par là même des conflits divers. En cela, elle est déjà blâmable car engendrant dysfonctionnements et tensions. Mais surtout, nous verrons dans un second temps, que c'est en se privant d'un enrichissement particulièrement intéressant et nécessaire qu'elle est condamnable.

* PLAN DETAILLE [avec seulement deux parties ici, la transition pourra être un peu allégée pourvu que le lien logique pour passer de l'un à l'autre soit bien explicité; n'hésitez pas à rajouter des exemples qui vous viennent en tête, puisés dans votre culture littéraire ou historique notamment].

INTRO

I - Une attitude source d'incompréhension, de difficultés et donc de conflits :

1) Incompréhension et difficultés : c'est peut-être la partie la "plus facile" à expliquer, car plus sociale et moins littéraire : la peur de l'autre est une réalité ancrée dans les actes : regardez un exemple de tragédie grecque avec la notion de "barbaroi", mais aussi toutes les incompréhensions en terme de religion qu'on retrouve dans la chanson de Roland ou d'autres textes du Moyen-Age. Idem, avec une touche d'humour, dans le Bourgeois Gentihomme de Molière où on joue de la méconaissance et la crainte du grand Mammamouchi turc pour faire accepter un mariage (cela faisait référence -sauf pour la mariage - à la venue d'un sultan turc à Versailles). Avec plusieurs exemples de différentes périodes et un léger commentaire social / sociologique, vous pouvez ainsi faire ressortir l'idée maîtresse.

2) Tellement ancré que le contraire n'est pas croyable : on ne comprend pas qu'on ne puisse pas avoir peur de l'autre ! Cette idée se retrouve dans beaucoup d'écrits liés à la colonisation (de Marco Polo à Bougainvillier). exemple très célèbre avec extrait retrouvable sur Internet d'un chapitre des Essais de Montesquieu où il critique l'esclavage et avait pourtant été accusé de ne pas "aimer les Noirs" je cite ! D'autres exemples doivent se trouver.

3) Jusqu'aux conflits : les guerres : cf chapitre 3 du Candide de Voltaire (et justement cet aspect nous montre que c'est souvent dû à la culture en fait, au-delà d'une certaine simplicité d'esprit)

transition : une attitude condamable car non facilitante et parfois immorale mais presuqe "excusable" ou du moins compréhensible par la culture -> oui mais justement au final c'est la culture qui a le plus à y perdre !

II - Se priver d'une source d'enrichissement utile et nécessaire

1) Nécessaire à la culture au sens fort : apport des littératures étrangères, accès à d'autres façons de voir et de penser. Les récits de voyage par exemple (Polo ou d'autres) contiennent des messages forts en ce sens. Découvrir l'autre c'est trouver des solutions à des problèmes non résolus et avoir une vision neuve de sa propre activité.

2) On peut alors revenir au sens plus contemporain de la culture presque générale. Reprenez les idées évoquées ci-dessus dans cet ordre d'idée; des auteurs contemporains pourraient je pense fournir exemples et autres pistes d'approfondissement (essayez d'en trouver du côté des penseurs contemporaints type B. Henry-Lévy, je n'ai pas d'ouvrage précis en tête mais c'est tout à fait dans l'air du temps). Du côté de Molière, vous trouverez (Précieuses ridicules et autres) des éclairages encore plus critiques et d'un abord un peu différent.

3) Retour : les deux sont liés et on est presque dans un cercle vicieux où la culture est la cause de ce qui l'empêche de s'enrichir ! (voir toujours récits de voyage). Insister sur les différents sens et "boucler la boucle". Ici comme pour les autres paragraphes, n'hésitez pas à aborder d'autres exemples au contraire. Je vous ai cité les plus marquants à mon sens ou les plus connus; ce type de devoir est toujours l'occasion de vous servir de vos connaissances personnelles, à commencer par vos lectures de l'année.

CONC : une attitude à rejeter car trop négative et dommage en même temps; mais presque normale et compréhensible ou au moins explicable par la culture ...qui est celle qui a le plus à y perdre : cercle vicieux difficile à résoudre !
[certains enseignants demandent une ouverture en fin de conclusion; sur ce type de devoir ce n'est pas forcément à mon sens facile et utile; vous pouvez toutefois si besoin élargir sur les problèmes d'intolérance justement : ex des apologues de Voltaire ....]

* METHODOLOGIE : pour finir, n'oubliez de soigner rédaction et liens logiques. Ce devoir est un tout, une démonstration; faites un paragraphe par idée avec exemple toujours si possible; n'hésitez pas à les diversifier et à bien détailler le raisonnement. Plusieurs raisonnements sont possibles mais celui que vous menez jusqu'à al conclusion soit être construit et presque exhaustif.

Je vous souhaite un bon travail et une bonne réflexion.
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