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Question posée : Aide pour comprendre une citation de J. de Maistre   -
- Type de demande : correction

"Il n' y a point d'homme dans le monde. J'ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes, etc..., je sais même, grâce à Montesquieu, qu'on peut être Persan : mis quant à l'homme, je déclare ne l'avoir rencontré de ma vie; s'il existe c'est bien à mon insu. (...)
Tous les peuples connus ont été heureux et puissants à mesure qu'ils ont obéi plus fidèlement à cette raison nationale qui n'est autre que l'anéantissement des dogmes nationaux, c'est-à-dire des préjugés utiles." (J. de Maistre, 1797, Considérations sur la France)

Dans sa phrase j'ai l'impression que l'auteur se contredit.On peut retenir une idée universaliste qui part d'une utopie qui considère l'homme en général, comme élément individuel d'une entité qui serait l'humanité. J. de Maistre ironiserait sur cet universalisme utopique dans sa première parti. De fait l'homme abstrait, l'homme universel, l'Humanité avec un grand "H" n'existerait pas.
L'auteur refuse l'idée universaliste des valeurs républicaine. Si les hommes sont essentielement différent, pourquoi relèveraient t'ils du même statut, pourquoi bénéficiraient ils des mêmes droits?

L'auteur soulève le problème de la complexité, du pluralisme de la société. J'ai du mal à cerner l'expression "préjugés utiles" dans sa phrase et elle parait importante dans le texte.

- Réponse de nos Cyberprofs

En effet, vous comprenez bien en quoi de Maistre est anti-moderne, c'est-à-dire refuse l'idée abstraite d'un homme, idée au fondement d'une théorie républicaine de l'égalité politique. Pour lui, il s'agit de reconnaître les différences constitutives des hommes et la hiérarchie naturelle entre eux (sans pour autant en déduire un système politique inégalitaire et justifiant la tyrannie). L'idée qui en découle est alors la nécessité de valoriser une conception proche du romantisme politique de Burke ou de Goethe, c'est-à-dire une conception qui montre que les hommes ont besoin de guides, ont besoin de suivre la raison nationale. À cette raison, de Maistre oppose les dogmes nationaux et les préjugés utiles. Il semble qu'il s'agit d'une forme d'ironie, dans la mesure où ce que sous-entend ici de Maistre est que la raison peut guider l'esprit de la nation et que le fait de suivre la raison nationale ne fait pas pour autant d'elle un dogme. En effet, si la loi supérieure de la nation est imposée aux hommes, cela n'exclut pas le fait que cette loi soit elle-même rationnelle et bonne. Se référant à une tradition qui va de Platon à Machiavel et Hobbes, de Maistre montre qu'il faut distinguer le dogmatisme en soi du dogmatisme relatif, qui fait que la raison nationale ne peut être entendue par la raison de tout le monde (cf. le noble mensonge chez Platon). Dès lors, cette conception politique ne s'appuie pas sur des préjugés, même utiles, mais sur des vérités qui ne sont pas accessibles à tous. L'ironie veut donc que de Maistre oppose à l'accusation des lumières (se libérer de tout préjugé ne peut se faire qu'en pensant par soi-même) une conception supérieure du politique qui ne passe pas non plus par des préjugés mais se fonde sur la distinction entre la raison d'État et la raison individuelle.

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