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Question posée : analyse du texte de Marc Augé   -
- Type de demande : question

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Question posée le : 20/01/2006
Matière : en philosophie
Type de question : question
Titre de la question : analyse du texte de Marc Augé
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- Bonjour, voici mon texte de Marc Augé "sens et bonheur" il est un peu long...il évoque 3 formes de bonheur pérennes et relatives:

Le bonheur vagabond, c'est le bonheur de la route, le bonheur fugitif(en deux sens il prend la fuite et il ne dure pas),le bonheur de ceux qui ne supportent pas le bonheur. Le coeur flanche, comme la mémoire de la chanson, et la chaumière est au bord du chemin. C'est Rousseau, toujours en fuite et de lui-même et d'un autre, et qui court d'un malheur à l'autre en se remémorant les allégresses d'hier. C'est Dom Juan qui vole d'un coeur à l'autre, en langage galant,et ,plus profondément ,plus intensément d'un instant à l'autre, mais c'est toujours le même instant: celui où il éprouve, irresistible et éphémère, le charme "des inclinations naissantes".C'est encore, c'est aussi, toujours vouée à la déception dès qu'elle s'accomplit, l'idée du départ avant le départ, de l'appareillage dont parle Gracq_bonheur de l'idée, bonheur du mot, dont l'ambigui (...) - 

 

- (...) Suite de la question (Voir directement la réponse)

té se dévoile à l'écoute de Baudelaire:"O mort vieux capitaine il est temps, levons l'ancre"
Le bonheur c'est aussi ,comment l'appeler? Le bonheur de soi. J'entends par là cette conscience aigue d'exister que nous pouvons avoir de temps à autre à la faveur d'un hasard, d'une coincidence ou de l'intensité particulière d'une minute et d'un lieu: l'intuition sensible de soi, qui n'est pas la solitude, même si elle en a besoin, mais plutot la transcendance de la durée et de l'évènement. C'est Rousseau encore, à l'île Saint Pierre, absorbé dans l'évidence de son intimité corporelle avec la nature ambiante, c'est Proust bien sûr lorsqu'il prend le thé ou trébuche sur le pavé d'une cour, et que s'impose à lui, avec la présence fulgurante d'un instant autre qui n'appartient qu'à lui, la certitude d'exister identique à lui même malgré l'apparence des êtres, le cours des choses et la mort des sentiments.
Le bonheur de l'autre porte un autre nom, plus simple et plus difficile: l'amour C'est l'amour pour autant que le mot désigne une certitude et une reconnaissance: la certitude d'être aimé, qui foudroie et paralyse les héros De Stendhal lorsqu'ils l'éprouvent; la reconnaissance mutuelle de cette certitude, c'est à dire du point de vue de chacun, la certitude que l'autre a la même certitude. Lucien Leuwen et Madame de Chasteller, avant l'épreuve du doute et les mélodrames du quotidien, vivent dans le jardin du » Chasseur vert » écrit Stendhal , « un de ces rares instants pour lesquels il vaut la peine de vivre ». Fabrice Del Gondo et Julien Sorel dans leur prison, sont heureux de n'avoir plus à faire leurs preuves, d'être simplement et complètement présents dans le regard de l'autre. Entre le doute et l'action, l'action et le doute, le doute et la mort dans le cas de Julien, c'est l'heure éternisée, le temps suspendu de la trêve avec soi par la grâce de l'autre.
L'essence du bonheur, s'il n'est pas trop aventureux de s'exprimer ainsi, l'essence d'un bonheur dont nous ne vivons peut être jamais que des approximations, combine ou sublime la reconnaissance de l'autre. Bien des médiations peuvent aider à cette double reconnaissance. Je pense en particulier à ce qu 'écrivait Christian Metz de notre rapport au film de cinéma ( le film de fiction et son spectateur) dans LE SIGNIFIANT IMAGINAIRE . A propos du roman porté à l'écran : « mais le liseur de roman ne retrouve pas son film, car ce qu'il a devant lui, avec le film véritable , c'est à présent le fantasme d'autrui , chose rarement sympathique ( au point que lorsqu'elle le devient elle provoque l'amour).
Et à propos des rapports entre film et fantasme et de la convenance des images filmiques( comme fantasme d'autrui) au fantasme du spectateur : « ...lorsque le hasard la concède à un degré suffisant, la satisfaction_ le sentiment d'un petit miracle , comme dans l'état de passion amoureuse lorsqu'il est partagé _ tient à une sorte d'effet , rare par nature, qui peut se définir comme la rupture provisoire d'une très ordinaire solitude »
Il y a sans doute bien d'autres formes de bonheur que celles que je viens d'évoquer.
Mais la formule de Christian Metz « la rupture provisoire d'une très grande solitude » a peut être quelque chance de s'appliquer à chacune d'elles s'il est vrai qu'en toutes circonstances le sentiment du bonheur naît d'une rencontre entre l'incertain rapport à autrui et l'éphémère conscience de soi.


je dois faire l'analyse de ce texte
Ce texte évoque 3 formes de bonheur celui d'abord qui cherche à satisfaire ses désirs et toujours en quête d'un autre ,puis le bonheur de se découvrir seul , puis le bonheur partagé qui ne cherche pas à posséder.
Mais voilà je n'ai pas compris la dernière partie concernant le rapport au film et la pensée de Christian Metz , et le lien avec le reste du texte.
Pouvez vous m'éclairer . Merci d'avance -

Bonjour ! Voici ma réponse...

Mon Cyberprof Si tu souhaites approfondir le sujet, n'hésite pas à poser ta propre question.


La formule de Metz : « la rupture provisoire d'une très grande solitude », veut dire que le bonheur n'est jamais égoïste dans le sens où il ne s'agit jamais d'un bonheur de l'individu qui se satisfait de lui-même dans l'instant présent. Le bonheur est toujours un certain rapport au manque et au désir. Autrement dit, dans le bonheur s'éprouve une forme de fragilité. D'apparence paradoxale puisque celui qui est heureux semble satisfait, cette fragilité veut en fait dire que nous n'avons conscience d'être heureux que par la différence que nous éprouvons face à un autre état antérieur (une tristesse passée) ou postérieur (la conscience de la mort par exemple). Le bonheur n'existe donc que parce que nous savons que l'instant que nous vivons est meilleur et plus satisfaisant qu'un autre instant. Le bonheur est, en ce sens, lié à la conscience de la finitude humaine. Il est un arrachement provisoire à cette finitude, ici désignée comme solitude. Dans le premier cas, il s'agit du moment éphémère de satisfaction du désir. Dans le second, à l'inverse, de la conscience de la durée de soi (nous résistons dans l'existence). Dans ces deux premiers cas, il s'agit donc d'une conscience de soi comme un autre ou par rapport à un autre soi-même (nous profitons de ce que nous sommes parce que nous savons qu'il n'est pas acquis que nous puissions rester ce que nous sommes). Dans le troisième, il s'agit d'un rapport à une altérité radicale : celle d'autrui qui nous complète et nous satisfait.

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