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Question posée : Mon plan est-il valable ? + aide pour exploiter des références   -
- Type de demande : question

Bonjour ! Je suis en 2ème année de prépa ECS, cette année nous étudions la justice.

Le sujet que je dois traiter est le suivant : Peut-on rigoureusement dire d'un homme qu'il est "un juste" ?

Je connais 3 références pour « un juste » (les 1 et 2 venant d'Internet) : 1) c'est « toute personne non juive ayant manifesté une relation positive et amicale envers les Juifs » selon le Talmud. 2) Le Mémorial Yad Vashem décerne le nom de « juste des nations » à ceux qui ont risqué leur vie pour sauver des juifs pendant la guerre. 3) Mon professeur nous a donné une liste de livres à lire cette été, dont « Le dernier des Justes » de Schwarz-Bart (que j'ai lu).

Je voudrais savoir comment je peux les utiliser, et s'il en existe d'autres.
La référence 1 me paraît uniquement utile pour expliquer d'où vient la 2, est-ce que je me trompe, a-t-elle un rôle indépendant ?
Je ne sais pas comment utiliser la référence 3. Je ne vois pas dans ce livre ce que la lignée des justes, qui récupère la souffrance du monde, est destinée à souffrir, et qui s'est éteinte dans les camps de concentrations, a de juste.

Mon idée de plan :
1) partir du fait que d'un certain point de vue un juste est quelqu'un qui respecte rigoureusement la loi, puis de montrer que c'est une conception inacceptable (exemple de l'extermination des juifs).
2) donner ensuite la conception selon laquelle un juste est quelqu'un qui sait désobéir à la loi lorsqu'elle contredit la norme de justice (unique et transcendante dans ce cas) avec en exemple la référence 2, puis d'expliquer pourquoi cette conception n'est pas non plus valable (je voudrais de l'aide pour prouver que cette conception n'est pas valable, que les normes de justices ne peuvent pas êtres uniques et transcendantes).
3) Dire que ces deux conceptions s'opposent mais qu'il est tout aussi nécessaire d'obéir aux lois que de les appliquer en étant responsable de ses actes. Donc il n'est possible d'être rigoureusement un juste seulement si la loi est elle-même rigoureusement juste, car sinon on ne respecte pas soit la loi soit la justice en tant que valeur.

Merci de me dire si ce plan est valable, si oui de m'aider à le compléter, sinon de m'en proposer un autre et de m'aider à problématiser le sujet.

Je recherche également des auteurs soutenant les deux conceptions que je compte invalider. Socrate (dans l'apologie de Socrate de Platon) soutient-il la conception 1 ou je me rappelle mal ?

Merci d'avance !

- Réponse de nos Cyberprofs

Votre réflexion est bien menée et votre plan est globalement valable. Deux remarques cependant : 1. à moins de faire des études judaïques, je vous déconseille de ne puiser vos exemples que dans l'histoire de la shoah ou dans l'interprétation talmudique. Vous vous exposez inévitablement à l'objection classique qui est que toutes les religions fondent une conception du juste, et que le juste ne se résume pas à une conception religieuse. 2. Vous ne partez pas assez de la définition du Juste. Si le juste est celui qui est juste ou possède les qualités de justice, cela signifie que le juste est celui qui possède un jugement bon. À ce titre deux problèmes se posent : celui de l'autonomie du jugement (est-il inné ou acquis, dépend-il de soi-même ou du rapport à quelque chose d'autre, les autres ou une instance supérieure voire transcendante) et celui du critère du Bien (loi politique, loi morale, sentiment intérieur, convention, loi naturelle etc). Ces deux problèmes se rejoignent et vous permettent de problématiser et d'introduire votre plan en montrant que la capacité de jugement ne peut être expliquée et reconnue que si l'on s'accorde sur le critère du jugement. Cela vous conduit alolrs à partir du critère le plus stable qui est effectivement la loi : mieux que Platon, vous pouvez employer Rousseau ou Kelsen pour montrer que la loi est le seul moyen d'unifier les différentes volontés et les jugements. Face à cela, une objection de plus que celle que vous signalez : même si la loi est bonne, et que l'homme la suit, il n'est pas rigoureusement juste puisqu'il ne décide pas et ne juge pas par lui-même. Pour votre deuxième partie, qui porte plus sur la justice morale, vous pouvez utiliser Aristote pour mettre en valeur la notion d'équitable (Éthique à Nicomaque V) qui est le correctif du juste légal. Le juste est alors celui qui sait juger en son âme et conscience, et qui est ainsi responsable de lui-même (pensez à Antigone). Pour votre troisième partie, vous pouvez montrer que la loi morale (au sens kantien) semble bien être un critère universel, mais que toute personne voit son jugement moral obscurci, au point que l'on peut même douter du fait qu'un seul soit véritablement juste. Autrement dit, comment "dire" rigoureusement d'un homme qu'il est juste, si il n'y a pas d'accord sur le nation et les critères du juste. C'est pour répondre à cela que vous pouvez évoquer la justice au sens rawlsien (Rawls, Théorie de la justice, 1971) qui s'apparente à un consensus par recoupement (partage de critères avec les autres), c'est-à-dire que celui qui incarne la rigueur de la justice est celui qui en construit les critères avec autrui, celui qui observe les deux principes de justice de façon à être entièrement responsable de ses actes devant les autres.
Pensez à bien sûr développer chacun de ces arguments en vous aidant de ressources générales (dictionnaires ou manuels de philosophie).

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