Type de demande : question
nos idées, par exemple de mathématiques, d'astronomie, de physique, sont vraies en deux sens. Elles sont vraies par le succès ; elles donnent puissance dans ce monde des apparences. Elles nous y font maîtres, soit dans l'art d'annoncer, soit dans l'art de modifier selon nos besoins ces redoutables ombres au milieu desquelles nous sommes jetés. Mais, si l'on a bien compris par quels chemins se fait le détour mathématique, il s"en faut de beaucoup que ce rapport à l'objet soit la règle suffisante du bien penser. La preuve selon Euclide n'est jamais d'expérience ; elle ne veut point l'être. Ce qui fait notre géométrie, notre arithmétique, notre analyse, ce n'est pas premièrement qu'elles s'accordent avec l'expérience, mais c'est que notre esprit s'y accorde avec lui-même, selon cet ordre du simple au complexe, qui veut que les premières définitions, toujours maintenues, commandent toute la suite de nos pensées. Et c'est ce qui étonne d'abord le disciple, que ce qui est le premier à comprendre ne soit jamais le plus urgent ni le plus avantageux. L'expérience avait fait découvrir ce qu'il faut de calcul et de géométrie pour vivre, bien avant que la réflexion se fût mise en quête de ces preuves subtiles qui refusent le plus possible l'expérience, et mettent en lumière cet ordre selon l'esprit qui veut se suffire à lui-même. Il faut arriver à dire que ce genre de recherche ve nise point d'abord à cette vérité que le monde confirme, mais à une vérité plus pure, toute d'esprit, ou qui s'efforce d'être telle, et qui dépend seulement du bien penser.
Alain
Réponse de nos Cyberprofs
La question soulevée par ce texte est celle de comprendre quels sont les critères et quelle est la validité de la vérité scientifique. Il s'agit ici en fait de dire que ce que nous pensons être vrai à propos des choses dépend essentiellement de notre interprétation du réel. Ce que nous découvrons dans les choses, c'est donc moins ce qu'elles sont que notre propre capacité à penser ce qui est dans des idées qui sont cohérentes et stables. En d'autres termes, nous ne découvrons dans la vérité scientifique que ce que nous y mettons par nos interprétations. Dès lors, l'objet de la recherche de la vérité n'est pas vraiment l'expérience du monde mais la confirmation de la certitude propre à l'esprit. D'ailleurs, la science ne sert pas vraiment puisqu'elle ne fait que confirmer ce que l'expérience avait déjà permis et ce qu'elle savait déjà. La science ne sert donc pas à mieux vivre mais à mieux comprendre le rapport de notre esprit aux choses que nous voyons et interprétons.
S'il est possible de livrer cette thèse générale de Alain dans ce texte, il faut, afin de produire un commentaire pleinement satisfaisant, montrer qu'elle repose sur une progression argumentative précise articulant des idées plus particulières les unes aux autres. Je ne peux toutefois faire ce travail à votre place mais je vous engage, si vous le souhaitez, à le faire et à me proposer une version plus détaillée de votre réflexion que je pourrai alors préciser et corriger.