Type de demande : correction
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VOICI LE SUJET DE MA DISSERTATION: Peut on avoir raison ou tort lorsqu'on affirme d'une oeuvre d'art qu'elle est belle.
VOICI CE QUE JE FAIS:
Selon Emile ZOLA, Jules Breton, peintre du Second Empire et membre du jury du Salon de 1866 se serait écrié devant les toiles de Manet. « Je me plains justement de ces étranges jugements qui condamnent à l'obscurité, pendant de longues années, des garçons sérieux ayant le seul tort de ne pas penser comme leurs confrères. ».
Zola est pourtant conscient de la difficulté de constituer un jury impartial car, convient-il, « l'homme a ses sympathies et ses antipathies, qu'il ne peut vaincre ».
Juger de la valeur d'une ?uvre d'art est une tâche délicate, voire impossible : en matière d'esthétique, les critères objectifs manquent. Aussi, peut on avoir raison ou tort lorsqu'on affirme d'une ?uvre d'art qu'elle est belle ?
Nous nous interrogerons sur ce sentiment de beauté que l'on éprouve parfois devant une ?uvre pour voir qu'il est possible de dépasser le jugement de goût pour accéder à une conception universelle de l'art et affirmer que toute ?uvre est « belle ».
Que veut-on signifier quand nous disons qu'une ?uvre d'art est belle? C'est une expérience que tout le monde fait: nous nous arrêtons devant un tableau, une sculpture, un monument et le premier commentaire que nous sommes capables de formuler est cette impression de beauté. Nous éprouvons une satisfaction, un sentiment
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(...) Suite de la question (Voir directement la réponse)
de plénitude et la certitude d'avoir raison: "c'est beau!". Pourtant, il arrive aussi que ceux qui nous accompagnent ne partagent pas cette émotion et même contredisent notre jugement. Il est difficile d'argumenter puisque notre opinion repose sur une impression intime qui est le plaisir esthétique. Or ce sentiment n'est pas identique pour tous et n'a pas de définition propre, il diverge notamment selon les écoles artistiques et littéraires mais également selon les individus qui sont partagés sur les critères de la beauté. Certains restent insensibles à la musique; d'autres préfèrent l'art figuratif à l'abstrait; ?
Ainsi, quand nous affirmons qu'une oeuvre d'art est belle, nous devons garder en mémoire que nous exprimons seulement l'effet qu'elle produit sur nos sens et qu'il ne s'agit en aucun cas d'une vérité absolue.
L'agréable n'est cependant pas le beau, c'est ce que Kant distingue. L'agréable est lié à un intérêt, à un désir, alors que le beau est toujours désintéressé, c'est-à-dire sans autre finalité qu'une libre contemplation. En ce sens, lorsqu'on affirme d'une ?uvre d'art qu'elle est belle, on tend à vouloir dire que cette ?uvre d'art nous est agréable, qu'elle nous procure du plaisir.
La subjectivité ne tient-elle pas à la nature même de l'art? L'oeuvre n'est pas la reproduction de la réalité mais une représentation. Son auteur cherche à donner vie et dans cette création, son regard est essentiel. Un jugement esthétique et moral ne saurait exprimer la valeur réelle d'une oeuvre marquée elle-même par la subjectivité de son auteur. Il en découle qu'affirmer que telle oeuvre est belle, c'est rejeter implicitement toutes les conceptions qui ne correspondent pas à la nôtre. En 1874, les peintures de Cézanne déclenchaient l'hilarité scandalisée des visiteurs... « Nos pères ont ri de Courbet, et voilà que nous nous extasions devant lui ; nous rions de Manet, et ce seront nos fils qui s'extasieront en face de ses toiles. », écrit Zola.
En ce sens, il faut être prudent dans l'expression de nos jugements qui varient et évoluent selon nos connaissances, notre expérience et notre culture. En général, un adolescent n'a pas les mêmes goûts qu'un adulte; ni un Français qu'un Africain; ni l'amateur éclairé que l'homme sans culture.
Mais on ne peut pas faire abstraction du temps non plus On ne porte pas le même jugement sur un tableau selon l'époque ou on vit. Il est d'ailleurs intéressant de noter que l'on pénètre plus facilement dans l'art d'une autre époque que dans celui de la sienne.
Faut-il alors s'abstenir de porter un jugement sur une oeuvre?
La valeur intrinsèque de l'art vient de l'effort qui a mobilisé l'artiste, du témoignage qu'il nous transmet par sa vision, de sa capacité à rendre de son ?uvre quelque chose de beau. Dans cette recherche du beau, dans cette conception artistique, c'est le regard de l'artiste qui prime. Le véritable amateur d'art sait respecter la technique, le travail, l'imagination, l'originalité de l'auteur, indépendamment de ses propres goûts. Peu de visiteurs sans doute s'exclament: "c'est beau" devant Guernica de Picasso. La violence de la vision où les corps sont démembrés et les visages tordus en fait une oeuvre personnelle qui montre l'émotion du peintre devant l'horreur du massacre. Que l'on éprouve ou non un plaisir esthétique face à cette toile monochrome et cette recherche formelle, que l'on partage ou non l'engagement de l'artiste espagnol, l'étude du tableau nous permet d'approcher l'esthétique cubiste d'une part, le fonctionnement de la création d'autre part: Picasso transforme son indignation en une dénonciation universelle de la barbarie de la guerre, intégrant matériaux de l'oeuvre et mémoire personnelle. Si l'art s'adresse d'abord aux sens, il en appelle aussi à l'esprit. Il demande compréhension et interprétation. En suivant le regard de l'auteur, nous découvrons dans les choses une densité et un sens qui nous avaient échappé.
C'est en ce sens que Kant dit que « Le beau est ce qui plaît universellement sans concept ». Autrement dit, lorsque je trouve belles les pommes peintes de Cézanne, ce n'est pas parce que j'ai faim ou envie de croquer une pomme, le plaisir esthétique est un plaisir de contemplation.
Nous aurions donc raison d'affirmer que l'oeuvre d'art est belle en général, car elle nous offre la possibilité d'apprendre et d'évoluer, quels que soient nos goûts. D'autant que par l'effort que nous fournissons pour comprendre la vision de l'artiste, notre sens esthétique s'affine et s'enrichit.
En conclusion, nous n'avons pas tort d'affirmer nos goûts, de communiquer l'émotion que nous éprouvons devant une oeuvre qui correspond à notre idée de la perfection. Faisant cela, ce n'est pas la beauté de l'oeuvre que l'on évalue (puisque le simple fait de l'admirer la rend belle), mais le plaisir que l'?uvre nous procure, nous entrons dans la subjectivité de la «beauté». L'art exige que nous soyons disponibles ce qui nous permet de découvrir autre chose du monde et de nous même. Il faut oser sortir de soi-même et y revenir transformé.
Mais toute ?uvre d'art est "belle" et cela car on peut la contempler, nous pouvons l'affirmer du fait qu'elle enrichit notre connaissance et notre perception du monde, elle ouvre notre sensibilité à l'universel, elle participe à ce que l'humanité a de meilleur.
Merci de me faire part de vos remarques et éventuellement de quelques corrections.
Par ailleurs, je vous souhaite une bonne année.
PHILPOPEYE...
Bonjour ! Voici ma réponse...
Si tu souhaites approfondir le sujet, n'hésite pas à poser ta propre question.
Il vous faut d'abord clarifier votre entrée en matière qui est bonne mais gagnerait à être plus explicite.
Pensez à montrer le lien entre le beau et l'agréable dans l'étymologie même de l'esthétique = aesthésis, ce qui signifie sensibilité ou capacité à ressentir des sensations. Cela vous permettra d'ailleurs de renforcer votre passage à Kant qui est un peu léger ou dogmatique. Il pourrait être plus fin de montrer, à l'aide de l'esthétique, qu'il en va d'une confusion dans notre manière de parler d'art.
Votre passage sur la relativité des goûts et des cultures doit être renforcé par un exemple précis (évitez le français/africain qui peut être perçu de manière péjorative).
Vous pouvez etayer encore mieux votre rapport entre plaisir esthétique et contemplation en rappelant que l'origine du mot de contemplation est celui de théoria, ce qui signifie que la mise à distance de celui qui contemple ressemble au procédé de constitution de la connaissance théorique (rapport d'objectivité qui vous intéresse).
De manière plus générale, vous devez utiliser plus d'exemples d'oeuvres d'art précis (comme ce que vous faites pour Guernica). En outre, il serait attendu de mieux définir puis de faire plus varier le sens de la beauté que vous considérez comme entendu. Si le beau est relatif, c'est qu'il n'est pas seulement plaisir mais également rapport d'entente entre l'esprit et l'oeuvre etc... En somme, rendez plus explicite le nerf de votre progression (car l'on sent bien que vous articulez ces définitions). Enfin, votre réflexion gagnerait en pertinence si vous parveniez, à certains moments précis comme les transitions entre parties, à resaisir l'acquis de votre argumentation dans la perspective du problème posé. Autrement dit, soyez plus rhétorique et rappelez mieux le sujet dans ses propres termes, car votre réflexion doit toujours en revenir à ce sujet et son problème spécifique.
L'ensemble est toutefois d'un très bon niveau pour une classe de terminale. Conservez votre rigueur et veillez bien à rester claire dans votre formulation. Si vous avez le temps, vous pouvez choisir d'aller lire un peu Nietzsche (Naissance de la tragédie) ou encore de Heidegger sur cette question (Les chemins qui ne mènent nulle part : l'origine de l'oeuvre d'art, ou encore la lecture qu'en fait Derrida dans La vérité en peinture), ce qui s'articule assez bien avec votre dernière partie.
Bon courage et bonne année !