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Question posée : L'inspiration selon Sartre   -
- Type de demande : question

Bonjour,
Je suis sincèrement désolée si vous n'aimez pas Sartre, mais en voici un deuxième extrait, qui comme celui que je viens de vous envoyer me pose problème. L'analyse que nous avons faite en classe me semble bâclée, alors, pourriez vous, s'il vous plait, me donner des formes à analyser, des pistes de réflexion ou des axes. Ces textes étant en plus souvent difficiles à comprendre, pourriez vous me les expliquez très brièvement. J'ai bien conscience que ce genre de demande nécessite pas mal de temps, décomptez moi le nombre de points nécessaires, mais donnez moi, s'il vous plait une réponse rapide. Merci beaucoup.

TEXTE EXTRAIT DES MOTS, partie Ecrire :

A peine eus-je commencé d'écrire, je posais ma plume pour jubiler. L'imposture était la même mais j'ai dit que je tenais les mots pour la quintessence des choses. Rien ne me troublait plus que de voir mes pattes de mouche échanger peu à peu leur luisance de feux follets contre la terne consistance de la matière : c'était la réalisation de l'imaginaire. Pris au piège de la nomination, un lion, un capitaine du Second Empire, un Bédouin s'introduisaient dans la salle à manger ; ils y demeuraient à jamais captifs, incorporés par les singes ; je crus avoir ancré mes rêves dans le monde par les grattements d'un bec d'acier. Je me fis donner un cahier, une bouteille d'encre violette, j'inscrivis sur la couverture : « Cahier de romans.» Le premier que je menais à bout, je l'intitulai : « Pour un papillon ». Un savant, sa fille, un jeune explorateur athlétique remontaient le cours de l'Amazone en quête d'un papillon précieux. L'argument, les personnages, le détail des aventures, le titre même, j'avais tout emprunté à un récit en images paru le trimestre précédent. Ce plagiat délibéré me délivrait de toute mes dernières inquiétudes : tout était forcément vrai puisque je n'inventais rien. Je n'ambitionnais pas d'être publié, mais je m'étais arrangé pour qu'on m'eût imprimé d'avance et je ne traçais pas une ligne que mon modèle ne cautionnât. Me tenais-je pour un copiste? Non. Mais pour un auteur original : je retouchais, je rajeunissais ; par exemple, j'avais pris soin de changer les noms des personnages. Ces légères altérations m'autorisaient à confondre la mémoire et l'imagination. Neuves et tout écrites des phrases se reformaient dans ma tête avec l'implacable sûreté qu'on prête à l'inspiration. Je les transcrivais, elles prenaient sous mes yeux la densité des choses. Si l'auteur inspiré comme on croit communément, est autre que soit au plus profond que soi-même, j'ai connu l'inspiration entre sept et huit ans.


Bien que ce texte me semble beaucoup plus simple à comprendre que le précédent, ne prenez donc pas autant de temps pour me l'expliquer, j'aurais voulu savoir ce que signifier précisément « quintessence » et savoir quel étaient les thèmes qu'il faut aborder dans l'analyse de ce texte et les formes à analyser. Pour le moment, il me semble qu'il faut aborder : la découvert précoce (trop précoce) de l'écriture, le fait que Poulou confonde écriture comme un geste mécanique, telle qu'on doit l'apprendre quand on est enfant et écriture d'écrivain, le thème de l'inspiration. Oui, je n'ai pas bien compris la dernière phrase, pourriez vous me l'expliquer ?

Merci beaucoup et à bientôt

Milène

- Réponse de nos Cyberprofs

Cet extrait est une démythification de la figure de l'écrivain : il nous présente à la fois ce qui poussait le jeune Sartre à écrire, et, de façon ironique, nous montre à quel point le mythe romantique de l'inspiration est un pur produit de l'imagination. Le poète inspiré est celui qui est autre ou qui découvre son "être profond" (dernière phrase), parce qu'il est traversé de forces qui lui échappent; ici, Sartre reprend ce mythe pour le déconstruire ironiquement : il était effectivement autre quand il écrivait mais parce que non seulement il jouait à l'écrivain, mais en outre il recopiait quelque chose de déjà écrit (il était un autre qui existait déjà, qui était déjà publié...)
Pour l'enfant, les mots sont plus beaux que les choses ("réalisation de l'imaginaire", "feux follets" des mots écrits face au "terne" des objets), il éprouve en quelque sorte un sentiment de pouvoir. Mais il se leurre : il faut étudier dans cet extrait le jeu de l'écrivain adulte avec les illusions de l'enfant.
La problématique est très proche de celle du texte précédent : il s'agit de voir comment Sartre joue de ses souvenirs pour déconstruire le mythe de l'écrivain. L'enfant, là encore, joue un rôle et toute l'adresse de Sartre est de nous montrer cette distance entre ce qu'il fait et ce qu'il est (même si l'enfant n'en a sans doute pas conscience; son jeu est très sérieux); le regard est fortement ironique (c'est-à-dire dans une distance amusée). Voyez notamment le jeu sur les images (parfois très précieuse : "feux follets"...). Voyez aussi comment par le rythme, par l'alternance de la decription et de l'analyse, Sartre crée un texte enlevé, plein d'humour.
J'espère vous être utile. Bon travail.

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