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Question posée : Sartre, extrait des Mots   -
- Type de demande : question

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Question posée le : 19/06/2003
Matière : en français / lettres
Type de question : question
Titre de la question : Sartre, extrait des Mots
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- Bonjour,
Dans une semaine, je passe d'oral du bac français. Je suis donc en train de réviser et je m'aperçois que certains des textes que je présente ne sont pas aussi bien analysés que d'autres. Ceux de Sartre en particulier me semblent bâclés. Alors, s'il vous plait, pourriez vous me donner des formes à analyser, des pistes de réflexion ou des axes. Ces textes étant en plus souvent difficiles à comprendre, pourriez vous me les expliquez très brièvement. J'ai bien conscience que ce genre de demande nécessite pas mal de temps, décomptez moi le nombre de points nécessaires, mais donnez moi, s'il vous plait une réponse rapide. Merci beaucoup.
Milène

TEXTE EXTRAIT DES MOTS, partie Lire :

Aujourd'hui encore, ce vice mineur me reste, la familiarité. Je les traite en Labadens, ces illustres défunts ; sur Baudelaire, sur Flaubert, je m'exprime sans détours et quand on m'en blâme, j'ai (...) - 

 

- (...) Suite de la question (Voir directement la réponse)

toujours envie de répondre : « Ne vous mêlez pas de nos affaires. Ils m'ont appartenus, vos génies, je les ai tenus dans mes mains, aimés à la passion, en toute irrévérence. Vais prendre des gants avec eux ? » Mais l'humanisme de Karl, cet humaniste de prélat, je m'en suis débarrassé du jour où j'ai compris que tout homme est tout l'homme. Comme elles sont tristes, les guérisons : le langage est désenchanté ; les héros de la plume, mes anciens pairs, dépouillés de leurs privilèges, sont rentrés dans le rang : je porte deux fois le deuil.
Ce que je viens d'écrire est faux.Vrai. Ni vrai ni faux comme tout ce qu'on écrit sur les fous, sur les hommes. J'ai rapporté les faits avec autant d'exactitude que ma mémoire le permettait. Mais jusqu'à quel point croyais à mon délire ? C'est la question fondamentale et pourtant je n'en décide pas. J'ai vu par la suite qu'on pouvait tout connaître de nos affections hormis leur force, c'est-à-dire leur sincérité. Les actes eux-mêmes ne serviront pas d'étalon à moins qu'on n'ait prouvé qu'ils ne sont pas des gestes, ce qui n'est pas toujours facile. Voyez plutôt : seul au milieu des adultes, j'étais un adulte en miniature, et j'avais des lectures adultes ; cela sonne faux, déjà, puisque dans le même instant, je demeurais un enfant. Je ne prétend pas que je fusse coupable : c'était ainsi, voilà tout, n'empêche que mes explorations et mes chasses faisaient partie de la Comédie familiale, qu'on s'en enchantait et que je le savais : oui, je le savais, chaque jour, un enfant merveilleux réveillait les grimoires que son grand-père ne lisait plus. Je vivais au dessus de mon âge comme on vit au dessus de ses moyens : avec zèle, avec fatigue, coûteusement, pour la montre. A peine avais-je poussé la porte de la bibliothèque, je me retrouvais dans le ventre d'un vieillard inerte : le grand bureau, le sous-main, les taches d'encre, rouges et noires, sur le buvard rose, la règle, le pot de colle, l'odeur croupie du tabac, et, en hiver, le rougeoiement de la Salamandre, les claquements du mica, c'était Karl en personne, réifié : il n'en fallait pas plus pour me mettre en état de grâce, je courais aux livres. Sincèrement ? Qu'est ce qu cela veut dire ? Comment pourrais-je fixer_ après tant d'années surtout_ l'insaisissable et mouvante frontière qui sépare la possession du cabotinage ? Je me couchais sur le ventre, face aux fenêtres, un livre ouvert devant moi, un verre d'eau rougie à ma droite, à ma gauche, sur une assiette, une tartine de confiture.



J'ai beaucoup de difficultés à comprendre ce texte, alors j'espère que vous pourrez m'aider. Les phrases en gras sont celles que je comprends le moins ou celles que je voudrais que vous m'expliquiez car il me semble qu'elles comportent un sens caché, du moins, un sens que je ne comprends pas.
Est-il nécessaire que je sache qui sont les personnages cités ? Dans ce cas pouvez-vous me dire qui sont les persos en italique ?

En fait, je crois que je pourrais mettre tout le texte en gras, je suis vraiment nulle, ou le texte est difficile ? J'ai cherché un peu, et comme thèmes à aborder il me semble que la construction d'un personnage, la sincérité, l'autocritique, la Comédie familiale ou encore la prétention sont des termes à aborder, qu'en pensez vous ?
Merci de m'aider. N'hésitez pas à me compter le nombre de points de deux questions.

A bientôt

Milène -

Bonjour ! Voici ma réponse...

Mon Cyberprof Si tu souhaites approfondir le sujet, n'hésite pas à poser ta propre question.


Pas de panique, cela ne sert à rien. C'est un texte difficile, pour lequel vous devez vous appuyer sur quelques principes simples.
Repérez comme vous le faites les passages que vous ne comprenez pas bien (je suis désolé le gras n'apparaît pas une fois votre question envoyée...), essayez de les comprendre (dictionnaire, étude de la syntaxe, du contexte...). Vous devez surtout construire une problématique de lecture très précise.
De quoi nous parle ce texte? Il s'agit d'un récit autobiographique, qui tout en racontant l'origine de la "vocation" littéraire de l'auteur s'amuse des codes mêmes de l'écriture autobiographique (en jouant notamment sur la notion de "sincérité"). A partir de là vous pouvez construire une problématique en essayant de voir comment dans le texte Sartre articule récit d'apprentissage et regard adulte de l'écrivain sur cet apprentissage et sur ce récit lui-même (pour faire simple, il s'agit d'analyser les rapports du récit et du discours).
Pour vous aider : Karl, il s'agit du grand-père de Sartre, figure fondatrice (calviniste et homme de culture); c'est dans sa bibliothèque ou bureau que le jeune Sartre se recueille). Autre point important : cette autobiographie ("les mots") est construite en deux parties : partie 1 "Lire", partie 2 "Ecrire". Sartre s'attache donc surtout à décrire sa vocation d'écrivain (et non pas toute son enfance dans sa globalité). C'est très important pour cet extrait, qui nous explique justement son rapport aux livres et aux auteurs.
Ce qui est essentiel ici, c'est la dénonciation du jeu que jouait déjà l'enfant. On retrouve ici une partie de la pensée philosophique de Sartre (texte du garçon de café dans "L'être et le néant" : le garçon de café joue son rôle de garçon de café) : on joue toujours un rôle, il est quasiment impossible de savoir qui l'on est, on cherche à être ce que l'on croit devoir être, ou ce que l'on voudrait être (ce désir étant construit par notre milieu, familial ou social). Ici, même l'enfant n'a pas vraiment d'innocence : il joue à être au-dessus de son âge, il se met en scène en quelque sorte (comédie familiale; il cabotine comme le comédien qui en fait trop)... et Sartre adulte tente de donner à lire cette impossible sincérité : non seulement, l'écriture a posteriori reconstruit toujours la vérité, mais en outre cette vérité même est mouvante : l'enfant joue-t-il à "faire comme les grands" (cabotin) ou est-il vraiment "possédé" par les livres, par la lecture? Il est impossible de trancher. C'est précisément cet indécidable-là qui intéresse Sartre et qu'il nous donne à lire.
En déterminant la stucture du texte (plan), vous pourrez mettre en lumière le jeu des alternances entre récit et regard rétrospectif sur ce récit. Vous verrez qu'il n'y a pas de récit pur, mais un mélange assez complexe qui crée une image, un mythe de soi tout en le dénonçant. En introduction, vous caractérisez bien précisément le genre de texte, après avoir présenté rapidement le projet autobiographique de Sartre (sa singularité) : récit autobiographique. Puis plan de l'extrait , puis problématique. Ensuite commentaire linéaire, qui reprend les parties du texte, qui développe la problématique dans l'analyse de détails.
Bon travail. Et surtout restez calme.

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