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Notions de philosophie > Le Mal   -
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La fiche de Raphael Enthoven | Quelques sujets et pistes de réflexion... | Bibliographie conseillée

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La fiche de Raphael Enthoven

Il en va du mal comme du beau : c’est une évidence informulable. Chacun sait quand il est en présence « du mal », et personne ne saurait pourtant en donner une définition précise. Quand je dis « c’est mal », je parle en lieu et place de chacun, je présume que chacun aurait le même avis que moi, je ne doute pas de la véracité de ce que je dis, mais à la question « qu’est-ce que le mal ? », je ne saurais répondre autrement qu’en évoquant des exemples. Si le mal ne peut faire l’objet d’une conceptualisation rigoureuse, si on ne peut lui donner véritablement un contenu, il n’en demeure pas moins que le spectacle « du mal » est, le plus souvent, unanimement reconnu comme tel. Le mal est toujours l’expérience d’un individu, une expérience intransmissible et pourtant partagée. Comme le dit P. Fontaine (in « La question du mal »), « l’individuation radicale que provoque le mal condamne, semble-t-il, toute tentative de définition du mal. Dès lors, une réflexion sur le mal prend la direction d’une réflexion sur le sens de l’existence individuelle. ». Le mal est un défi lancé par la vie à la raison, il a ceci de paradoxal qu’il échappe à toute discursivité, tout en se donnant à voir dans la plus limpide des évidences. Peut-on, en conséquence, penser le mal ? Est-ce encore le mal que l’on pense, quand on le pense ?

En cela, l’entreprise leibnizienne de démonstration de la justice divine (« théodicée ») fournit le modèle d’une discursivité qui annihile l’immédiateté du mal au profit de son intégration dans un univers tenu pour l’effet de la bonne volonté de Dieu. Si notre monde est « le meilleur des mondes possibles », alors voir le mal, ou céder au sentiment immédiat et informulable que nous sommes en présence du mal, c’est finalement mal voir. Si l’on intègre le mal à un ordre de raisons, si on l’inscrit dans le sens du monde, si on le justifie au titre qu’il serait un élément comme un autre du déploiement dialectique de la raison à même le monde, alors il n’y a pas de mal, mais il n’y a que des maux particuliers, alors le mal n’existe comme tel qu’aux yeux de celui qui s’en tient à la perception qui est la sienne. Comment donc penser le mal, sans le nier au titre qu’on le pense ? Comment réhabiliter l’expérience singulière que nous faisons du mal, sans verser dans une relativité radicale (ce qui est un mal pour moi ne l’est pas nécessairement pour mon voisin) ? Le mal est indicible, pour peu qu’on s’en tienne au sentiment qu’il inspire et qui nous vaut de l’identifier, mais ce caractère indicible ne doit pas, nous semble-t-il, nous dispenser d’en parler, au contraire... Comment faire et que dire ? Vous trouverez, dans les textes que nous vous proposons, des éléments de réflexion qui, à défaut d’apporter une réponse définitive à des questions si difficiles, auront, du moins nous l’espérons, le mérite d’éclairer les termes du problème.

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